L'on peut trouver beaucoup à redire au concept du blog, mais il est une chose que l'on ne peut guère nier, c'est que c'est foutument pratique pour les retours en arrière.
Prise par je ne sais quelle envie, entre deux fiches de Linguistique, je suis retournée sur le blog de la
Lorelei Lee que j'ai été pendant tout de même deux ans (blog que vous pouvez toujours consulter, même si un bug du serveur a supprimé tous les articles de la dernière période). Et bien, ça m'a fait tout drôle. Rien à voir avec le sentiment amusé que l'on peut avoir en réouvrant de vieux journaux intimes datant du collège, du genre de ceux où l'on couche sur le papier de mièvres rimailles et la présentation de sa classe inspirée par la description de celle d'Anne Frank, bouquin que l'on a bien évidemment lu de son plein gré et a-do-ré. Non, c'est plutôt l'impression que, merde alors, en presque trois ans j'ai tout de même bien changé.
Evidemment, il y a eu ces deux années de maturité amoureuse dont je ne me remets encore qu'à peine, et puis il y a eu le lycée, le bac, l'université, mes premières vraies tristesses. Je suppose que c'est ça, grandir ; ça doit être pleurer, aimer, et rire. Laisser des morceaux de soi en chemin, pour aller se rafistoler, se construire au prochain carrefour.
Mais, lorsque je relis certains textes, je me dis tout de même que j'ai dû me perdre en route.
"J'ai envie d'aventures trépidantes, d'horizons lointains, de combats à l'épée, de fuites à cheval, de rencontres mystérieuses, de femmes fatales et de traîtres cyniques. J'ai envie de robes à paniers, de corsets et d'informations glissées sous l'éventail. De piraterie dans le golfe du Mexique, d'abordages, mousquet et rapière à la main, de ration de tafia pour accompagner le salmigondis, de corvettes, de flûtes et de frégates. J'ai envie de Woodstock, de pogos, de Jimi Hendrix, de boue et de weed. J'ai envie de Nouveau Monde, de Far West et de duel, colt contre colt. Du Vieux Continent, de reines superbes et machiavéliques, de duchesses hypocrites et de plaisirs simples. J'ai envie d'un hiver en Russie, de valses sous les ors du palais du tsar et de discussions littéraires avec un beau colonel inconnu."
J'ai beau chercher, je ne retrouve plus cette Anna-là. Certains me diront que tant mieux, je suis redescendue sur terre et revenue à la réalité de notre époque mais moi, je trouve ça triste. Parce que finalement, je crois que c'est ça, grandir. C'est perdre ses illusions de jeune fille qui a trop dévoré de romans, c'est ne plus croire au merveilleux. Bien sûr, je pleure encore toutes les larmes de mon corps en lisant
Autant en emporte le vent, mais je n'espère plus la rencontre d'un Rhett Butler, ni les frous-frous des robes à crinoline.
"Parce que c'est toujours comme ça. On finit par se lasser."
Mais enfin, qui sait ? Il suffirait peut-être que je me remette à lire pour renouer avec cette partie de moi que j'ai laissé dépérir. J'aime encore trop la vie pour oser croire à la fin de mon romantisme écervelé, j'ai encore trop à découvrir pour laisser de côté mes espoirs littéraires.
Toutefois, ne soyons pas totalement pessimistes. Je crois qu'il reste encore un embryon en moi de la lycéenne que j'ai pu être...
"Blonde. Chieuse. Opportuniste. Superficielle. Vénale. Bavarde. Irréfléchie. Mesquine. Illogique. Profiteuse. Fatiguante. Impatiente. Déraisonnable. Tête en l'air. Jamais contente. Critique. Méchante. Egoïste. Présomptueuse. Ignoble. Limite boulimique. Dépensière. Egocentrique. Narcissique. Pourrie gâtée. Allumeuse. Emmerdante. Lourde. Envieuse. Colérique. Insupportable. Violente. Gourmande."